Contraception : la pilule, oui, mais de moins en moins

Les dernières données de l'agence Santé publique France montrent que la désaffection envers la pilule contraceptive se poursuit, au profit notamment des dispositifs intra-utérins.

  • Contraception : la pilule, oui, mais de moins en moins

La contraception reste, en France, très largement médicalisée. C’est l’enseignement majeur de données passionnantes que révèle l’agence sanitaire Santé publique France (1), ce lundi matin, à l’occasion de la Journée mondiale de la contraception, le 26 septembre, et cinquante ans après la légalisation de la contraception en France par la loi Neuwirth.

Nos experts de santé publique se sont posé deux questions basiques : d’abord, quelles sont les méthodes utilisées par les femmes en France ? Ensuite, ces méthodes ont-elles évolué, et en particulier depuis la «crise des pilules» de 2012 où des centaines de plaintes avaient été déposées contre les pilules de troisième et quatrième générations en raison de leur risque éventuel de thrombose ?

Trio gagnant : pilule, préservatif et dispositif intra-utérin

De fait, dans les méthodes contraceptives, le trio gagnant reste le préservatif, la pilule et le DIU (dispositif intra-utérin). Il n’empêche qu’à l’intérieur de ce trio, il y a de fortes évolutions, directement liées aux polémiques sur les effets secondaires des pilules de dernière génération en 2012. Si la pilule reste le moyen contraceptif le plus utilisé, son utilisation continue de baisser : en 2010, 45% des femmes utilisaient la pilule comme moyen de contraception, elles ne sont plus que 40,5% en 2013, et 36,5% en 2016. Des données, plutôt très fiables, provenant d’une enquête auprès d’un échantillon de 15 216 personnes âgées de 15 à 75 ans. Et les analyses portent sur 4 315 femmes âgées de 15 à 49 ans concernées par la contraception.

Qu’en déduire ? Est-ce un mouvement de fond ? Ou une adaptation qui se poursuit ? Depuis cinquante ans, le paysage contraceptif a en tout cas fortement évolué, rappelle Santé publique France. Depuis 1967, avec la légalisation de la contraception, les méthodes se sont progressivement diversifiées (implant, patch, anneau vaginal…). Et les femmes ont désormais plus d’une dizaine de choix possibles. «Pour autant, bien que l’éventail de solutions se soit élargi, c’est un peu toujours le même schéma contraceptif qui demeure : le préservatif à l’entrée dans la sexualité, la pilule au moment de la mise en couple, remplacée par le DIU une fois le nombre d’enfants désirés atteint», note Santé publique France.

Comme l’écrivait déjà la spécialiste Nathalie Bajos, épidémiologiste à l’INSERM, en 2014, «le débat médiatique de fin 2012, début 2013 sur les pilules n’a pas entraîné de désaffection vis-à-vis de la contraception : parmi les femmes concernées, seules 3% d’entre elles n’utilisaient aucun moyen contraceptif en 2013, soit la même proportion qu’en 2010 ».

Un report vers le DIU

Si l’on reste sur l’usage de la pilule, son recul, donc, se poursuit et il est significatif, mais celle-ci reste toujours la méthode de contraception la plus utilisée, en particulier chez les moins de 25 ans. Pour autant, on assiste à un report vers d’autres méthodes. En 2017, «cette désaffection profite aux autres moyens de contraception, notamment au DIU (+6,9 points), au préservatif (+4,7 points) et à l’implant (+1,9 point)».

Dans cette évolution, «ce sont parmi les 20-29 ans que les plus grands changements sont observés depuis 2010». Quand on s’attarde sur les femmes de 20-24 ans, l’utilisation de la pilule diminue ainsi de façon progressive entre 2010 et 2016, le report se faisant au profit de différentes méthodes : le DIU dont l’utilisation a fortement augmenté entre 2010 et 2013 (+3,6 points), l’implant qui a fortement progressé entre 2013 et 2016 (+5,5 points).

Chez les femmes de 25 à 29 ans, la baisse importante de l’utilisation de la pilule entre 2010 et 2013 s’est faite largement au profit du DIU (+9,8 points) et du préservatif (+8,6 points). Les femmes de 25 à 29 ans utilisent désormais le DIU dans les mêmes proportions que les femmes de 30 à 34 ans en 2010. Pour devenir même ensuite le premier contraceptif utilisé.

D’où ce constat de Delphine Rahib, chargée d’étude à l’unité santé sexuelle de Santé publique France : «Les principaux changements contraceptifs observés chez les 20-29 ans suivent deux tendances contraires. Soit elles abandonnent la pilule pour des méthodes à l’efficacité plus élevée (DIU, implant), soit au contraire, pour le préservatif, certes efficace contre les infections sexuellement transmissibles mais moins sur le plan contraceptif», ce qui est somme toute paradoxal.

Les autres méthodes…

Pour finir, à côté de ce trio de tête, les taux d’utilisation des autres méthodes restent faibles, y compris celui des méthodes traditionnelles, qui avaient pourtant connu une légère augmentation entre 2010 et 2013, mais cela ne s’est pas poursuivi. «Ces données montrent l’importance de poursuivre nos actions visant à faire connaître la diversité contraceptive et d’aider ainsi les femmes à trouver la contraception la mieux adaptée et donc la plus efficace», estime François Bourdillon, directeur de l’agence Santé publique France.

Source Eric Favereau Libération 25/09/2017

A l’occasion de la journée mondiale de la contraception du 26 septembre 2017, Santé publique France publie les premières données du Baromètre Santé 2016 sur les pratiques contraceptives des femmes et leurs évolutions depuis 2010.

Le baromètre santé, c’est quoi ?

Il s’agit d’une enquête réalisée du 8 janvier au 1er août 2016 auprès d’un échantillon de 15 216 personnes âgées de 15 à 75 ans. Les analyses portent sur 4 315 femmes âgées de 15 à 49 ans concernées par la contraception, femmes non ménopausées, non stériles, non enceintes, qui ont eu un rapport sexuel avec un homme au cours des 12 derniers mois et qui ne cherchent pas à avoir un enfant.

Points clés à retenir

  • En 2016, la pilule reste le moyen de contraception le plus utilisé, devant le dispositif intra-utérin et le préservatif
  • Le recul de la pilule se poursuit, en particulier chez les femmes de 20-29 ans
  • Ce recul se fait au profit du dispositif intra-utérin, du préservatif et de l’implant
  • Il y a aujourd’hui une plus grande diversité des méthodes utilisées par les femmes

Choisir sa contraception.fr : le site qui répond à toutes les questions

Le site référent conçu par Santé publique France, www.choisirsacontraception.fr propose une information complète et détaillée sur la contraception. L’ensemble des méthodes contraceptives y est présenté. Un clic sur le pictogramme permet de découvrir la méthode, ses avantages, ses inconvénients, comment elle s’utilise… Les internautes peuvent y trouver des informations plus générales ou comprendre comment aborder le sujet de la contraception en couple, avec un proche ou un professionnel.

source santé publique