L'Auvergne touchée par les pénuries de médicament

 

L'Auvergne touchée par les pénuries de médicament

En dix ans, le nombre de médicaments déclarés en rupture de stock par l’ANSM a été multiplié par 20. Patients comme professionnels sont confrontés à la pénurie en Auvergne et déplorent un manque d’information sur certains traitements

Sans ce médicament, la douleur est difficile à supporter pour Delphine (*). « Je ne peux pas marcher, pas courir. Le moindre contact avec mes seins provoque une douleur intense », explique-t-elle.

Depuis vingt-cinq ans, elle prend quotidiennement du Surgestone, un comprimé à base d’hormones qui fait disparaître cette douleur. Mais cela fait quelques semaines qu’elle peine à trouver une boîte de son médicament.

« Je préfère avoir mal ». Comme elle, de nombreux patients en Auvergne constatent l’indisponibilité de leurs médicaments.

« Depuis le mois de juin, il n’y en a plus dans ma pharmacie. J’ai cherché dans une douzaine d’entre elles, dans le Puy-de-Dôme, et en quelques mois je n’ai réussi qu’à trouver deux boîtes, dont une qui a été amenée du sud de la France », relate-t-elle. De quoi tenir jusqu’à la fin du mois de septembre. Après, impossible de savoir si son traitement sera de retour.

On lui a proposé un autre traitement, avec une composition différente.

« Il y a trois ans, déjà, j’avais subi une rupture de Surgestone. J’ai appelé mon gynécologue et, pendant quinze jours, j’ai dû changer pour le Lutenyl. » Ce traitement alternatif provoquait des changements d’humeur et une fatigue importante. Delphine se sentait souvent déprimée. Les effets secondaires devenaient insupportables.

Alors, si elle se retrouve à nouveau sans Surgestone, Delphine assure qu’elle arrêtera son traitement. « Je préfère avoir mal que prendre de la merde », confie-t-elle. Le laboratoire Serb, qui distribue le produit en France, indique que des problèmes techniques touchent le fabricant néerlandais, Norgine. « Nous mettons tout en œuvre pour que ce médicament soit disponible à la mi-septembre », explique Jérémie Urbain, directeur de Serb. Pour les patients, difficile d’être renseigné sur ces pénuries.

Une liste des médicaments en rupture est disponible sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM).

Mais elle ne concerne que les traitements les plus indispensables, les médicaments d’intérêt thérapeutique majeur, également appelés MITM. Ces médicaments représentent 40 % des références. Cette année, l’ANSM prévoit que plus de 1.200 d’entre eux auront connu une rupture de stock. Le chiffre a été multiplié par vingt en dix ans.

Pour les 60 % restants, ceux qui ne sont pas considérés d’intérêt thérapeutique majeur, il n’y a pas de liste publique des pénuries. « Les autorités n’ont de visibilité que sur les MITM », glisse Yann Mazens, de l’association France assos santé.

« Je dois faire une ordonnance avec quatre médicaments, et le pharmacien prend celui qu’il a ».

Lorsque la pénurie touche des médicaments qui ne rentrent pas dans cette catégorie, les médecins ne sont pas toujours informés. « Je vois soixante-dix patients par semaine et au moins dix d’entre eux m’annoncent qu’ils n’ont pas pu trouver un traitement, explique Maud Karinski, gynécologue en libéral et présidente du Planning familial 63.

Pour certains traitements, je dois faire une ordonnance avec quatre médicaments différents, et le pharmacien prend celui qu’il a. » Pourtant, des systèmes existent pour gérer les stocks.

Le DP-Ruptures mis en place

C’est l’ordre national des pharmaciens qui a mis en place le DP-Ruptures : ce fichier répertorie les médicaments manquants dans les officines. Pour l’instant, 15.000 pharmacies, sur 27.000 à l’échelle nationale, l’ont adopté. Grâce à lui, les laboratoires sont informés automatiquement des ruptures de stock.

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, envisage de l’étendre aux autres professionnels. Cette mesure sera examinée par un comité de pilotage, qui se réunira demain pour décider des actions à mettre en place.

(*) Le prénom a été changé.